La moisissure dans les espaces de vie est bien plus qu'un simple désagrément esthétique. Elle représente une menace sérieuse pour la structure du bâtiment et, surtout, pour la santé des occupants. Les locataires et les propriétaires ne remarquent souvent le problème que lorsque des taches noires apparaissent sur les murs ou qu'une odeur de renfermé imprègne l'air. La cause est presque toujours un excès d'humidité, qu'il soit dû à des défauts structurels, une ventilation inadéquate ou une isolation thermique insuffisante. Dans ce contexte, les déshumidificateurs apparaissent comme une solution préventive et immédiate efficace. Mais quelle est leur réelle efficacité et quels principes scientifiques faut-il prendre en compte pour prévenir durablement la prolifération des moisissures ? Cet article examine les principes de la physique du bâtiment, les risques sanitaires et les conséquences juridiques en s'appuyant sur les directives et la jurisprudence en vigueur.
Les informations les plus importantes en un coup d'œil
- L'humidité est le facteur clé : les moisissures ont besoin d'un certain niveau d'humidité minimal pour se développer, qui est souvent atteint à une humidité relative de 80 % à la surface des éléments de construction.
- Risques pour la santé : Certains types de moisissures, comme Aspergillus fumigatus ou Stachybotrys chartarum, peuvent déclencher des allergies graves, des infections et des réactions toxiques.
- Les déshumidificateurs comme solution : en abaissant l’humidité relative de l’air ambiant, ils privent les moisissures de leurs moyens de survie et empêchent la germination des spores.
- Conséquences juridiques : Une infestation de moisissures peut entraîner des réductions de loyer importantes, pouvant aller jusqu'à 100 % dans les cas extrêmes si elle présente un risque pour la santé.
- La dépollution est obligatoire : il ne suffit pas de tuer les champignons ; la biomasse doit être complètement éliminée et la source d'humidité supprimée.
La biologie des moisissures : pourquoi elles se développent
Pour comprendre comment un déshumidificateur contribue à lutter contre les moisissures, il faut d'abord s'intéresser aux conditions de croissance des champignons. Les champignons responsables des moisissures, classés biologiquement comme des champignons filamenteux, se développent à partir de spores pratiquement omniprésentes dans l'air. Pour qu'une spore se développe en un réseau fongique (mycélium), trois conditions essentielles doivent être réunies : l'humidité, la température et un apport adéquat de nutriments [1] .
Bien que les nutriments soient presque toujours présents dans les espaces de vie (papier peint, colle, poussière, bois), l'humidité est le facteur limitant sur lequel nous pouvons agir. Des études scientifiques montrent que l'eau liquide (condensation) n'est pas absolument nécessaire à la germination des spores et à la croissance mycélienne. Une humidité relative élevée à la surface du matériau suffit. L'activité de l'eau (valeur aw) décrit la disponibilité de l'eau dans le substrat. Le seuil d'humidité minimal pour le développement des moisissures dans les bâtiments se situe autour de 70 % d'humidité relative, le risque augmentant considérablement au-delà de 80 % [1] .
Important à savoir : Systèmes isoplèthes
La croissance des moisissures n'est pas statique. Les systèmes d'isoplèthes décrivent la relation entre la température, l'humidité et le temps. Plus la température et l'humidité sont élevées, plus les spores germent rapidement. Un déshumidificateur intervient précisément à ce stade en réduisant l'humidité en dessous du seuil critique d'isoplèthe (LIM - Isoplèthe le plus bas pour les moisissures) [1] .
Risques sanitaires liés aux moisissures
L’utilisation de déshumidificateurs n’est pas seulement une question de protection des bâtiments, mais surtout de protection de la santé. Les moisissures peuvent être nocives pour la santé de trois manières : par le biais d’allergies, d’effets toxiques (intoxication) et d’infections [2] .
effet allergène
Toutes les moisissures sont susceptibles de déclencher des allergies. Cela inclut les allergies de type I (allergies immédiates, par exemple l'asthme, la rhinite) ainsi que les allergies de type III et IV. Un problème particulier réside dans le fait que les allergènes ne sont pas seulement liés aux spores vivantes, mais peuvent également persister dans la poussière après la mort de la moisissure ou après des mesures de désinfection [2] . Des études montrent qu'environ 5 % de la population allemande est sensibilisée aux moisissures, et ce pourcentage est en augmentation [2] .
Effets toxiques et COVM
Les moisissures produisent des métabolites, notamment des mycotoxines et des composés organiques volatils microbiens (COVM). Ces COVM sont souvent responsables de l'odeur de renfermé caractéristique. Parmi les substances identifiées figurent le 3-méthylfurane, la géosmine et le 1-octène-3-ol [2] . Certaines espèces fongiques, comme Stachybotrys chartarum, produisent des satratoxines, qui peuvent provoquer des effets toxiques tels que des irritations cutanées, des saignements de nez ou une fatigue extrême, même à de faibles doses [2] .
risque d'infection
Chez les personnes immunodéprimées (par exemple, après une transplantation ou une chimiothérapie), il existe également un risque d'infection (mycose). La moisissure Aspergillus fumigatus est le principal agent pathogène à cet égard et est classée dans le groupe de risque 2 [3] . Elle peut provoquer une aspergillose pulmonaire invasive, difficile à traiter.
Comment les déshumidificateurs préviennent la moisissure
La stratégie pour prévenir la moisissure est simple mais efficace : éliminer l’humidité. Les mesures structurelles (comme l’isolation extérieure) étant souvent coûteuses ou impossibles à mettre en œuvre pour les locataires, la régulation de l’humidité intérieure est primordiale. Les déshumidificateurs permettent de réduire activement l’humidité relative dans la pièce.
D'un point de vue physique, les matériaux sont en équilibre hygrométrique avec l'air ambiant. Si l'air est constamment trop humide (plus de 60 à 70 %), les matériaux poreux comme le papier peint, le plâtre ou le bois absorbent l'humidité et atteignent des niveaux d'eau propices au développement microbien [1] . Un déshumidificateur inverse ce processus : il assèche l'air, ce qui provoque la désorption de l'humidité par les matériaux jusqu'à ce que le taux d'humidité atteigne un niveau non critique pour la formation de moisissures.
Conseil pratique : L'attitude adéquate
Pour prévenir efficacement la croissance des moisissures, l'humidité relative doit être maintenue en permanence en dessous de 60 %. Dans les bâtiments anciens mal isolés ou au niveau des ponts thermiques (coins froids), il peut être nécessaire de réduire l'humidité à 50 %, car l'humidité locale au niveau du mur froid est significativement plus élevée qu'au centre de la pièce [1] .
Conséquences juridiques : Réduction de loyer pour cause de moisissures
Les infestations de moisissures sont fréquemment à l'origine de litiges entre locataires et propriétaires. La jurisprudence est très nuancée et chaque cas est examiné individuellement. Généralement, la moisissure est considérée comme un défaut du logement loué, donnant droit au locataire à une réduction de loyer, à condition qu'elle ne soit pas due à des habitudes de vie inappropriées (par exemple, une ventilation insuffisante).
Quelques jugements exemplaires illustrent la portée de ce domaine :
- Réduction de loyer de 100 % : En cas de risque sanitaire important, par exemple si des enfants contractent une pneumonie à cause de la moisissure, une réduction de 100 % et une résiliation sans préavis peuvent être justifiées (AG Charlottenburg, affaire n° : 203 C 607/06) [4] .
- Réduction de loyer de 80 % : Si la cuisine, le salon et la chambre sont tellement affectés par l’humidité et les moisissures qu’ils sont à peine utilisables (LG Berlin, GE 1991, 625) [4] .
- Réduction de loyer de 50 % : En cas d’infestation quasi complète de moisissures dans le salon et de contamination avérée de l’air de la pièce par des spores toxiques (LG Hambourg, réf. : 307 S 144/07) [4] .
- Réduction de loyer de 20 % : Même avec de petites zones de moisissure dans les coins de toutes les pièces et une épaisse couche de moisissure dans la cuisine, une réduction de 20 % a été accordée (AG Königs Wusterhausen, 9 C 174/06) [4] .
Il convient également de mentionner l'arrêt du tribunal régional de Hanovre (affaire n° 8 O 208/98), qui stipule que si des fenêtres à double vitrage sont installées sans que le propriétaire n'informe le locataire des modifications des habitudes de ventilation, une réduction de loyer de 42 % peut être appliquée en cas d'apparition de moisissures [4] . L'utilisation d'un déshumidificateur peut avoir un effet préventif à cet égard, afin d'éviter de telles complications juridiques.
Assainissement : Lorsque des moisissures sont déjà présentes
Si des moisissures se sont déjà installées, un déshumidificateur seul ne suffit plus. Bien qu'il stoppe leur développement, il n'élimine pas la biomasse existante. Les spores fongiques mortes et les fragments de mycélium continuent d'avoir un effet allergène et toxique [2] .
enlèvement professionnel
Sur les surfaces lisses (métal, céramique, verre), les moisissures s'éliminent souvent à l'eau et au nettoyant ménager. Cependant, les matériaux poreux comme le papier peint, les plaques de plâtre ou la maçonnerie poreuse ne peuvent être nettoyés en profondeur. Dans ces cas, la seule solution consiste souvent à retirer les matériaux affectés [2] . Il est déconseillé de simplement tuer les moisissures avec des fongicides ou des « remèdes maison » comme le vinaigre, car ce dernier est neutralisé sur les surfaces calcaires et peut même fournir des nutriments organiques favorisant la prolifération des moisissures [2] .
Respectez les règles de sécurité au travail
Lors des travaux de décontamination, d'importantes quantités de spores sont libérées. Par conséquent, le port de protections adéquates (masque respiratoire P2/P3, lunettes de sécurité, gants) est indispensable. Ces travaux ne doivent pas être effectués par des personnes allergiques ou immunodéprimées [2] . Pour les surfaces endommagées importantes (supérieures à 0,5 m²), il est recommandé de faire appel à une entreprise spécialisée.
Les espèces de moisissures critiques au centre de l'attention
Toutes les moisissures ne sont pas aussi dangereuses. L’évaluation des risques dépend fortement de l’espèce. Les Règles techniques pour les agents biologiques (TRBA 460) classent les champignons en groupes de risque :
- Groupe de risque 1 : Champignons peu susceptibles de provoquer une maladie chez l’homme (par exemple, Penicillium camemberti ).
- Groupe de risque 2 : Champignons pouvant provoquer des maladies et présenter un risque pour les travailleurs (par exemple, Aspergillus fumigatus , Stachybotrys chartarum ). Cependant, la propagation dans la population est peu probable et la prévention ou le traitement sont possibles [3] .
Une prudence particulière est de mise concernant Stachybotrys chartarum . Ce champignon se développe de préférence sur des matériaux très humides contenant de la cellulose (par exemple, les plaques de plâtre) et produit des satratoxines très puissantes. Même de faibles concentrations peuvent entraîner des problèmes de santé. Il est considéré comme un indicateur de dommages importants causés par l'humidité [2] .
Foire aux questions (FAQ)
La ventilation est-elle suffisante ou ai-je absolument besoin d'un déshumidificateur ?
La ventilation est essentielle, mais elle est souvent insuffisante, notamment dans les bâtiments modernes étanches ou les sous-sols humides en été. Si une ventilation normale (3 à 4 fois par jour en ouvrant complètement les fenêtres pendant de courtes périodes) ne permet pas de réduire durablement l'humidité en dessous de 60 %, un déshumidificateur est techniquement nécessaire pour prévenir les dommages structurels [1] .
Puis-je simplement peindre par-dessus la moisissure ?
Non. Peindre par-dessus ne fait que masquer le problème. Le champignon continue de se développer sous la peinture et souvent même à travers. De plus, l'effet allergène des spores et des toxines persiste. La biomasse doit être éliminée [2] .
Comment puis-je détecter les moisissures cachées ?
Les moisissures cachées (par exemple, derrière des armoires ou des revêtements muraux) se manifestent souvent par une odeur de renfermé et de terre (COV). Des problèmes de santé sans cause visible peuvent également en être un indicateur. Dans ce cas, des tests de qualité de l'air intérieur ou le recours à des chiens détecteurs de moisissures peuvent s'avérer utiles [2] .
Le vinaigre est-il un bon remède maison contre les moisissures ?
Non, généralement pas. Sur les surfaces calcaires (plâtre), l'acide est neutralisé. De plus, le vinaigre contient des substances organiques qui peuvent même servir de nutriments au champignon une fois son effet dissipé. L'alcool (70-80 %) est plus approprié [2] .
Dois-je toujours faire appel à un expert en cas d'infestation de moisissures ?
Pour les dommages mineurs (< 0,5 m²), cela n'est souvent pas nécessaire. Cependant, pour les dommages importants, les causes incertaines ou lorsque des réductions de loyer et des litiges juridiques sont en jeu, l'avis d'un expert est essentiel pour clarifier la cause (défaut de construction ou comportement de l'utilisateur) sans aucun doute [2] .
Conclusion
La moisissure intérieure est un problème complexe qui exige une intervention immédiate. Les risques sanitaires liés aux allergènes et aux toxines sont scientifiquement prouvés, tout comme les dangers qu'elle représente pour la structure du bâtiment. Les déshumidificateurs constituent l'un des outils les plus efficaces pour la prévention et la limitation des dégâts. Ils privent la moisissure de son élément essentiel : l'eau. En contrôlant l'humidité relative (valeur cible < 60 %), la prolifération de nouvelles spores est efficacement inhibée. Ceci protège non seulement la santé des occupants, mais préserve également la valeur du bien immobilier et évite des litiges coûteux. Investissez dans un air intérieur sain : votre santé et vos finances vous en remercieront.
Sources et références
- Association scientifique et technique pour la préservation des bâtiments et la conservation des monuments (WTA), Fiche d'information E-6-3 : Prévision informatique du risque de croissance des moisissures, 2023.
- Office régional de la santé du Bade-Wurtemberg, Moisissures dans les espaces intérieurs – Détection, évaluation, gestion de la qualité, Rapport, version révisée décembre 2004.
- Comité des agents biologiques (ABAS), TRBA 460 : Classification des champignons en groupes de risque, édition juillet 2016 (modifiée en 2023).
- Aperçu de la jurisprudence sur la réduction de loyer en cas d'infestation de moisissures (recueil de divers jugements, y compris ceux du tribunal régional de Berlin, du tribunal régional de Hambourg et du tribunal local de Charlottenburg), Joachim Dospil / Hedwig Hanhörster, Tables pour la pratique juridique.
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